Oui, je suis haïtienne, mais encore…

J’aime les enfants, dans la mesure où je considère qu’ils sont l’avenir du monde. Un enfant, c’est le passage à l’immortalité. La seule garantie que l’humanité puisse exister même après des décennies. C’est l’une des raisons qui m’ont poussée à m’engager dans des institutions comme l’UNICEF afin d’œuvrer à ce que chaque enfant puisse avoir la même chance. J’essaie de faire une différence afin que chaque enfant puisse contribuer de manière égale au devenir du monde. Qu’ils aient accès à l’éducation, à l’eau potable, à la santé. Qu’ils puissent vivre et non survivre. Et enfin qu’ils puissent à leur tour être autonomes et préparer le chemin pour la génération d’après.

Alors je trouve normal de me poser cette question: Qu’est ce je vais laisser aux enfants? qu’est ce que je vais laisser aux petits haïtiens? qu’est ce que ma génération a à offrir aux enfants de cette nation? est-ce un pays meurtri? divisé par les guerres civiles? est ce cette nation désunie où une partie de la classe politique incite à la violence et à la haine de ses compatriotes? est-ce ce pays instable où chaque jeune n’a qu’une envie, laisser le pays pour aller vivre ailleurs? est-ce ce pays sans opportunité dans lequel une partie de la population fait appel aux investisseurs et l’autre partie se contente de détruire le peu d’infrastructure que l’on a?

Aujourd’hui, en tant que jeune, qu’à t’on à laisser à nos frères, cousins et fils? est-ce ce pays où un sénateur de la République fait appel à l’étranger pour venir gérer nos affaires internes? est-ce ce pays dans lequel 24% de la population vit encore sous le seuil de la pauvreté alors que des sénateurs sont payés pour ne pas siéger? est-ce ce pays classé parmi les plus pauvres de l’Amerique pour ne pas dire du monde? Ce pays où l’état base la majeure partie de son programme sur le populisme, un pays sans vrai programme social, sans projets à long terme, et qui se détruit petit à petit?

Je suis remontée envers mes compatriotes en ce moment. J’ai tellement de colère en moi que j’en pleure. Que j’ai des hauts le cœur et que ma poitrine me brûle dès que j’aborde la question de la situation d’Haïti. Et j’ai tellement de choses à dire, tellement de sentiments, de pensées, que je n’arrive pas à exprimer. Que je n’ose publier même sur mon blog parce que j’ai trop de fierté pour laisser les étrangers lire comment mon pays va mal. Je me voile la face, et je l’admets. Parce que j’avais cru qu’après 210 ans d’indépendance, Haïti aurait pu avoir accompli quelque chose de plus que 1804.

Je m’étais promis de ne rien écrire tant que je n’aurai pas quelque chose de bien à dire sur Haïti. On dit bien que « quand on a rien dire, mieux vaut se taire »? Cependant Albert Einstein avait dit: « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire ». Alors j’ai préféré écouter son conseil et j’ai pris ma plume pour écrire un texte que je serai sans doute la seule à lire. Mais qui au moins m’apportera la paix par le fait de l’avoir écrit. Je ne suis pas analyste politique mais en tant qu’haïtienne je crois que mes revendications sont légitimes. Certains haïtiens ont tendance à croire que vivre en dehors d’haïti te rend moins haïtien que ceux qui vivent sur le sol. C’est faux! C’est d’autant pire pour ceux qui sont à l’extérieur parce qu’ils doivent affronter quotidiennement le regard des autres nations et s’excuser pour les actes commis par ceux qui sont sur le sol.

Puisque Pays Moins Avancé est désormais le terme politiquement correct pour désigner les pays pauvres, aux yeux de l’étranger je ne suis qu’une immigrante de plus qui fuit un pays pauvre pour venir parasiter le système social de leur pays. Pourtant si j’avais entrepris de voyager, c’était justement pour montrer au monde qu’il y avait des haïtiens différents de ceux qui s’étaient vu retirer leur nationalité par la République Dominicaine, des haïtiens différents de ceux qui se faisaient emprisonner aux bahamas, que ceux qui périssaient en mer dans l’espoir d’atteindre une terre promise, tant que cette terre ne serait pas haiti. En créole on dit: « bouske lavi, detwi lavi ». Combien d’entre nos frères ont perdu la vie à la recherche d’une meilleure vie que nos pères n’ont pas su leur laisser?

Pourtant on est là. On assiste à la déchéance du pays. Certains d’entre nous attendent les grandes occasions, une belle opportunité pour crier leur patriotisme. Ils attendent qu’un artiste connu sur la scène internationale se déclare être haïtien pour pouvoir s’en vanter. A croire que celui-ci a plus de valeur que les peintres qui exposent leurs oeuvres dans les rues de Port-au-prince. L’haïtien est en quête d’une fierté, sans vouloir se créer la sienne. Il veut une fierté à l’image de ce que nous ont laissé nos ancêtres sans pour autant adopter ce qui accompagne cette fierté: le labeur, le travail, l’union, le fait de pouvoir compter les uns sur les autres sans être jugé pour ce que l’on est. Alors il reste là, il assiste. Tel un spectateur. Il est amusé du spectacle mais n’ose y prendre part. Certains plus courageux publient de temps à autre un statut sur facebook. Ils critiquent ce qui est fait, ce qui aurait pu être fait ou ce qu’ils auraient pu faire. Cependant, ils ne font qu’assister. Témoins de leur impuissance ou complices de cette nonchalance collective, ils ne se sentent que très peu concernés.

Je ne sais où j’en suis avec ce peuple. Alors moi aussi je me mets à assister. Parce que mes écrits sont lachés en plein désert, et que leur écho me revient aussi vide de sens que l’objectif que je m’étais fixé. J’assiste. Tout en sachant qu’ils m’assistent en train d’assister. Mais aujourd’hui j’ai voulu envoyer un message. Un message d’union, de « tèt ansannm »; un message de « leve kanpe ». Andre Malraux a dit: « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert». Je crois que cette citation pourrait être employée aussi pour l’histoire. Mais combien d’entre nous aujourd’hui est prêt s’approprier de son histoire dans le but de s’en créer une meilleure? Une histoire que nous aussi nous lèguerions à nos enfants et dont ils seraient fiers?

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