Les chroniques d’un voyage à Jacmel

Premier jour

Je suis debout face à mon miroir. Peu certaine de moi. J’essaie de me convaincre du bien fondé de mon entreprise. Je me retourne. La salle est vide autour de moi. Je ne porte rien qu’une serviette. Je m’assois. Je regarde la liste des endroits que je dois visiter. Elle n’est pas trop longue. Je suis déçue et en même temps soulagée.

Je me présente: Je m’appelle Wendy et pour les jours à venir je suis une touriste. Je me mets dans la peau d’un étranger qui rentrerait en Haiti pour la première fois, avec ses préjugés et ses attentes. Un étranger qui aurait 2 ou 3 amis haïtiens et qui se dirait pourquoi ne pas visiter ce petit pays. Alors je serai le plus honnête que possible. Je suis une jeune étudiante avec le budget d’un étudiant. La charité bien ordonnée commençant par soi-même, je vous invite à découvrir « Jacmel » avec moi.

Cette petite ville dans laquelle je viens d’arriver a la réputation d’être une ville touristique, l’une des plus belles d’Haiti. Rien d’extraordinaire jusqu’à présent. Il est 7h du soir et la ville est plongée dans l’obscurité. Je suis assise sur mon lit. J’attends que des amis viennent me chercher. Au Programme, ce soir, je vais à Cyvadier, une petite ville à l’est de Jacmel. Je m’allonge un peu. J’ai faim, alors j’écoute un peu de musique. Je fais passer le temps.

8:30, je suis à l’arrière d’une moto. En Haiti, surtout à jacmel, c’est le moyen de transport le plus commun. Les taxis-moto sont moins chers, plus rapides et t’emmènent partout à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Bref, ils sont pratiques. Par contre ce n’est peut-être pas le moyen le plus prudent pour se déplacer. Néanmoins, si vous êtes comme moi, vous pouvez toujours vous charger de rappeler au chauffeur que vous n’êtes en aucun cas pressé. Bref, mon aventure continue. On est au nombre de 6. Certains d’entre nous se partagent le taxi. Le trajet de Jacmel à Cyvadier coute 40gourdes soit un peu moins d’un dollar américain.

On s’arrête devant le «cyvadier market». Je rentre à l’intérieur. Timide. Il y a un bar tout juste à coté. Il est quasiment vide. Il n’y pas de musique. L’endroit est plutôt rustique. Une télévision allumée dans un coin de la salle projette le «Gran Jounal Jakmel» de Radio et télé Jacmel Inter. On est à 4 jours après les élections. Les candidats furieux et insatisfaits font le va et vient à l’écran. Les rares consommateurs, une bière prestige à la main, font des commentaires à voix haute. La tension monte de temps en temps mais l’ambiance reste en grande partie conviviale. Assise avec mes amis on attend le fameux «barbecue» qui a conduit nos pas jusqu’à cette place. J’entends le babillage incessant des autres personnes. Certains s’insurgent contre les résultats des élections. A ma table, on est plutôt silencieux. Notre prestige bien «Frape» à la main, on est attentif. La bière coule dans ma gorge, elle est froide, exquise. Je me sens bien.

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La serveuse arrive et dépose nonchalamment les plats sur la table. L’odeur effleure mes narines furtivement, délicieusement. Je sens l’eau me monter à la bouche. J’avale ma salive vite fait, le temps de prendre une ou deux photos. A côté de moi, mes amis attaquent le poulet. Une explosion de gouts a lieu dans nos bouches. Tout un mélange de gouts jusqu’ici inconnus. La sauce un peu pimentée coule le long de nos lèvres, de nos mentons, de nos mains. On s’en moque un peu. Seuls compte le carnaval de saveurs qui se joue dans nos bouches. Je dépose ma fourchette; Je ferme les yeux pour savourer ce moment de pur bonheur.

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J’ouvre les yeux. Le vent me rentre dans les cheveux. Il les ébouriffe. A l’avant le chauffeur de taxi essaie d’engager la conversation. Je lui réponds machinalement. On s’arrête devant un bar. Puis-je appeler cela un bar? A l’apparence l’endroit n’a rien de tel. Quelques jeunes sont réunis à l’extérieur et discutent paisiblement. A notre arrivée, ils se retournent pour nous regarder. Seul l’enseigne : «Kok la chante Bar Restaurant» nous rappelle l’endroit où on est. Cependant, ce bar a la réputation de vendre 3 bières pour 100gdes soit 3 prestiges pour 2 dollars américains.

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Le propriétaire, un houngan vient nous accueillir. La salle est remplie. Il nous trouve vite fait une place. On nous apporte les bières aussi rapidement que possible. Je n’ai jamais bu de bière aussi glacée. Derrière le bar, une télé branchée sur Syfy passe un film d’horreur. Très vite l’ambiance se transforme en ciné. Les gens crient aux acteurs de faire attention, ils font des commentaires entre eux. Je me laisse prendre au jeu. Je n’ai rien à perdre. La nuit commence à peine.

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