Les chroniques d’une haïtienne à Paris

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Il est 18:30! Il pleut! L’air est frais! J’erre dans les rues de Paris. J’ai l’impression de tout découvrir. En fait, je découvre tout. Les boutiques de mode défilent sous mes yeux! Des noms que je ne connais pas. La petite fille en moi rêve de voir plus. Je me fais l’effet de Dora l’exploratrice. Une église s’élève à un carrefour. Majestueuse! Je me sens comme remplie de spiritualité. Je m’arrête pour prendre une photo vite fait. Mon téléphone est trempé.

Je lève la tête vers le ciel. Les gouttes de pluie sont froides, glaciales. Je me sens comme une héroïne de film. Celles qui partent à l’aventure, intrépides et ingénues. On dirait que le rythme du temps s’est ralenti. Je ferme les yeux. Je suis transportée dans un autre monde. Il est féerique. J’ai le sentiment que mon grand amour va apparaître dans un coin de la rue. Il me protégera de la pluie avec son parapluie. Il me dira dans son accent français:
– Ma demoiselle, je vous offre un café?

C’est toujours comme ça que ça se passe dans les romans. Je le regarderai d’un air candide. Et je répondrai:
– Avec plaisir!

Il me parlera de cette ville qui m’a accueillie depuis plusieurs mois déjà et dont je ne connais presque rien. On fera des conversations intelligentes. Il me donnera envie de faire preuve d’esprit. Je voudrai me montrer intelligente. Il me contera des poésies dans la langue de Molière. Je lui inspirerai les plus beaux vers… Je sens la pluie ruisseler sur mes mains. Je reviens à la réalité. Paris, c’est la ville de l’amour. Mais ce soir, je serai seule avec mes hallucinations. Mon conte de fée n’aura pas une fin heureuse.

Les gens me dépassent; ils sont pressés. J’essaie de marcher à leur rythme. Mais je n’y arrive pas. Je suis une fille de la caraïbe. J’aime prendre mon temps.

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Je découvre Paris à la tombée de la nuit. Il n’y a pas de crépuscule, mais la ville est illuminée. Les gens sont vêtus de noir et les murs sont gris. Paris me semble triste. Elle est animée, mais pourtant semble figée. Je suis une fille des îles, je ne peux m’empêcher de remarquer le manque de couleur sur les maisons. Mais ces maisons crient une histoire.

A chaque coin de rue, un café ou un bar. Tous remplis. Je cherche un endroit tranquille où me poser.

Mon manque de style et d’élégance crient que je suis nouvelle dans cette ville. Que je ne suis ni une parisienne et encore moins une fashionista. Je le sais, parce que mes bottes me montent aux genoux et que mon foulard me cache la moitié du visage. Je suis une fille des Antilles, j’ai peur du froid. Les autres filles me dépassent, les unes plus élégantes que les autres. J’ajoute mentalement à ma liste des choses à faire: « faire du shopping ».

Mes cheveux me tombent sur le visage. Ce qui au début de la journée était un superbe afro, n’est plus qu’une touffe recroquevillée, à moitié bouclée.

Un vendeur s’approche de moi:
– Une fleur pour la demoiselle?
Je cherche désespérément de la monnaie. Mais de ma poche, je ne sors que des billets de métro.
Le monsieur me sourit et me dit:
– C’est gratuit, pour la demoiselle.

Ô Paris! Pourquoi tu dois être si merveilleuse?

Dans mes écouteurs roule en boucle « sober » de Childish Gambino. Parce que tous ceux qui me connaissent, savent que Wendy vit au rythme de la musique. Et ma musique de ce soir est ce morceau de folie qui me perce les tympans. Il existe 2 mots pour décrire cette chanson: Mélancolique, parfaite.

Totalement en symbiose avec mon humeur d’aujourd’hui. Je continue ma marche, seule avec moi même. Je fredonne les paroles de la chanson:
« Now that it’s over, I’ll never be sober »…

Et puis je sens mes yeux se remplir de larmes. Elles sont chaudes. Elles ruissellent sur mon visage et se mélangent aux gouttes de pluie. Des souvenirs affluent dans ma tête. Je ferme les yeux. Mon humeur doit être aussi versatile que le temps. Je passe de « héroïne en quête d’amour » à cette fille indécise, mélancolique, perdue.

Je sors mon téléphone de ma poche. Il est 20h. Je compte mes pas. Peu m’importent où ils m’emmènent, je ne ressens aucune peur. Paris promet d’être enchanteresse.

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