Comme du sable sous les pieds…

Cher Journal

Me revoilà encore une fois, espérant que ce soit la dernière. Je suis fatiguée de t’ennuyer avec ma mélancolie, ma dépression. Ce soir, je ne cherche pas de réconfort. Je laisse ma déprime m’envahir. Mais tout ça tu le sais déjà. Je sais que tu le sais, mais le dire me permet de me surpasser. Et j’arrive à me convaincre que je suis forte. J’arrive à prendre de la distance. Je me dis: « – Mathilde, t’es au dessus de tout ça ». Et l’espace d’un cillement comme dirait Jacques Stephen Alexis, je m’y prends au jeu.

Tu es mon ami pas vrai? Je voudrais me convaincre que tu n’es pas qu’un rêve. Que tu n’es pas qu’un de ces personnages qui fleurissent dans ma tête. Je voudrais m’assurer que tu existes vraiment. Allez, arrête de froncer les sourcils. Ça te fait des petits plis dans le front. Je sais que tu existes mais ils sont tellement nombreux dans ma tête que parfois je les confonds.

Je sais que tu es different. Est ce que au moins tu pourrais me laisser m’exprimer? Je n’aime pas être confuse. Parce que, quand je suis confuse ils reviennent et alors je perds ma solitude. Mais, ce soir  je me sens seule  et j’ai besoin de toi. J’ai l’impression d’avoir perdu la notion du temps. Seuls comptent le sable sous mes pieds, la mer dont le bruit des vagues me berce, et l’étendue de ma douleur. Toi aussi tu comptes. Mais tu vois, j’ai déjà assez de mal à me convaincre de ton existence. Je n’arrive pas à décrire ma peine parce que personne ne peut me comprendre. Personne ne comprend jamais une fille dépressive. Je suis en proie avec les démons à l’intérieur de ma tête. Ils sont les seuls à pouvoir me comprendre. Ils sont nombreux, trop nombreux. Ils jouent avec mes nerfs, mon humeur, ma vie. Et malgré tout je tiens à eux.

Ils sont les seuls qui peuvent vraiment me comprendre. Ils sont les seuls à pouvoir m’entendre quand je crie. Les seuls à qui je peux me confier, les seuls à m’écouter sans me juger. Car ces démons ont toujours fait partie de ma vie et je me rappelle vaguement de quand et comment ils sont arrivés. Ils étaient là. Toujours là. Ils ont des noms, une personnalité. Ils sont avec moi, le matin quand je me réveille et le soir quand je me couche. Ils ne me quittaient que quand Raphaël était auprès de moi.

Cher Raphael. Comme j’ai pu t’aimer. Si doux, si tendre et si lointain. Merveilleux Raphael, si attentionné et si insouciant. Raphael qui a brisé mon coeur et qui a pris tout ce que j’avais de précieux. Et pourtant je ne lui en veux pas. Parce que m’étais convaincue que je l’aimais, et parce que je m’étais convaincue après le départ de Michael que plus jamais je ne me laisserais aller à me donner entièrement à un homme. Je suis perplexe devant la grandeur de mon échec.

J’aimerais tant pouvoir te laisser parler toi aussi. Je meurs d’envie de savoir ce qui se passe dans ta vie. Mais ce soir j’ai envie d’être égoïste. Car ce soir c’est le dernier.

Ce soir j’ai envie de tout donner. De ne penser qu’à moi-même. De me noyer. Littéralement. Car j’ai longtemps appris à contrôler mes détresses et mes peurs. Mais ce soir cela n’importe pas. D’ailleurs à qui ça importerait ? Qui remarquerait mon absence ? Mon copain qui vient de me plaquer ? Mon père qui trompe ma mère avec une fille qui a le meme âge que moi ? Ma mère de qui j’ai hérité cette attirance pour le suicide ? Ma grande sœur alcoolique ?

Tu vois ? Ils ont chacun un démon. Et Moi j’ai un secret qui m’étouffe parce que j’ai toujours tout fait de la manière qu’il fallait. Et ceci ne m’a pas empêché d’empiler échec sur échec, jour après jour, année après année. Ce soir je serai libre. Je veux que la fraicheur de l’eau me caresse lentement. Ce soir, je veux que ses gouttes me passent par la gorge et me remplissent les poumons lentement pendant que je te conterai une à une toutes les raisons pour lesquelles je ne veux plus être de ce monde. Je ne veux plus que les grains de sable s’enfuissent sous le poids de mon corps. Je veux les écraser par l’alourdissement de ma silhouette. Ce soir je veux être aimée sauvagement et mourir silencieusement…

à suivre .

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